Le Parisien lance un tableau de bord de l’élection présidentielle, qui regroupe de nombreuses données sur les candidats. De quoi dépoussiérer le traitement de la campagne électorale ?

Dans les médias anglo-saxons, les échéances électorales donnent souvent lieu à des innovations éditoriales marquantes. En France, les expérimentations sont généralement plus timides — et le manque de moyens n’est sans doute pas le seul responsable. Cette année, Le Parisien fait figure de contre-exemple avec un dispositif totalement inédit pour couvrir la course à la présidentielle. Le quotidien a ainsi bâti un « tableau de bord », c’est-à-dire une plateforme (en ligne ici) qui met à disposition des lecteurs une foule d’informations sur la campagne.

Ce qui frappe au premier abord, c’est l’interface. Sous ses airs de « dashboard » logiciel, le dispositif du Parisien tranche avec les codes habituels du site média. Et pour cause, il relève davantage de la base de données que de l’article politique. Car l’objectif ici est bien de s’éloigner du feuilleton politique bien rodé auquel les grands médias s’adonnent tous les 5 ans. La cellule Data et Innovation du Parisien semble acter que l’information politique doit s’ouvrir à de nouveaux modes de décryptage.

Quand la politique se veut accessible

L’interface est donc organisée autour de deux niveaux de navigation. La plateforme s’ouvre par un aperçu macroscopique de la campagne, complété par des pages individuelles consacrées aux candidats. Dans ces dernières, on retrouve bien sûr une présentation des prétendants et de leurs programmes, assortie d’un incontournable « comparateur ». Mais Le Parisien a aussi mobilisé quelques modules bien sentis comme un agenda de campagne, une cartographie des déplacements ou un panorama de l’état-major des candidats. Autant d’informations souvent noyées dans le brouhaha de la campagne et donc peu accessibles pour le citoyen.

Autre bonne idée : le tableau de bord intègre des statistiques brutes pour analyser la popularité des candidats. Le Parisien a fait appel à de multiples signaux faibles : mentions sur les réseaux sociaux, volume de requêtes sur Google, mots-clés associés… Ces données sont récupérées via l’outil Synthesio et présentées sous forme de « data visualisation ». Voilà donc de nouvelles clés de compréhension, certes imparfaites mais fort utiles pour contre-balancer l’overdose sondagière dont Le Parisien s’est d’ailleurs démarqué ces dernières semaines.

Plus encore, un tel projet est l’occasion pour les journalistes de repenser la relation au lecteur. S’il s’agit toujours de faire le tri dans le bruit informationnel, l’approche semble plus transparente et inclusive. En rendant accessible des données brutes mais jugées fiables, Le Parisien permet au citoyen-lecteur de se faire sa propre opinion, dans la veine des « civic tech ». Une façon de dévoiler les ressorts de la campagne sans susciter l’accusation habituelle du « biais » éditorial.

La plateforme fait aussi la part belle aux informations pratiques sur le scrutin, en répondant à des interrogations communes : (Comment voter ? Que faire si vous constatez une irrégularité ?). Le média se mue alors en aide à la décision citoyenne, une fonction complémentaire de l’analyse politique. Car si l’internaute veut aller plus loin, il pourra évidemment se rabattre sur les articles du Parisien.

Un essai à confirmer

Si l’on veut s’essayer à un premier bilan, on peut dire que l’interface est globalement réussie, malgré quelques curiosités. Le comparateur de programmes, pourtant un classique des sites d’info, se veut tellement complet que le lecteur se retrouve noyé dans des listes de propositions illisibles. On pourra aussi s’étonner que les articles du Parisien soient si peu visibles. Ils sont relégués en bas de page, alors qu’un feed vertical aurait apporté un contrepoint bienvenu aux pages des candidats.

Pour un investissement aussi lourd, on pouvait aussi s’attendre à ce que le tableau de bord soit mieux intégré au site LeParisien.fr. Il est certes accessible depuis les articles politiques, via un widget aux couleurs des candidats. Mais pourquoi ne pas avoir ajouté un bouton fixe dans le header du site, comme l’a fait le Washington Post pour la présidentielle américaine, ou même Libé en France ?

Toutefois, la plus grosse limite de ce projet ambitieux, c’est finalement… sa stabilité. Au cours de mes tests, les modules graphiques étaient régulièrement hors service, de quoi rendre la plateforme quasi-inutilisable. La faute à une infrastructure technique sous-dimensionnée ? Dommage pour cette initiative audacieuse qui répond, me semble t-il, à un véritable attente des lecteurs.

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