Coda Story, un souffle d’innovation sur le grand reportage

La start-up américaine Coda Story lance son offre d’info mono-thématique. Premier pari : une édition inaugurale consacrée aux droits LGBT en Russie.

C’est désormais bien connu, le temps médiatique s’est accéléré. A l’heure des flux en continu, les rubriques internationales sont souvent les premières sacrifiées. Peu de médias ont résisté à la rationalisation de leurs services étrangers, dont l’entretien est coûteux en dépit d’une production nécessairement instable. En résulte un suivi souvent superficiel des grands enjeux contemporains, les crises se succédant à une cadence difficilement assimilable.

La plateforme Coda Story, lancée ce mois-ci par des anciens de la BBC et du New York Times, espère bousculer cette course à l’info jetable. Le pure-player américain investit pleinement la veine du journalisme mono-thématique, sur les pas de News Deeply, le réseau de sites hyper-spécialisés créé en 2012 en plein conflit syrien. Les créateurs de Coda font le pari d’explorer pendant plusieurs mois une thématique unique.

Face à des crises toujours plus complexes — Ukraine, Syrie, changement climatique… — le storytelling innovant de Coda permet de s’extraire du réflèxe chronologique de la presse mainstream. Au programme, moins d’exhaustivité et plus de mise en perspective. Chaque thématique du moment est approchée via des timelines contextuelles (appelées « Currents »), nourries au fil de l’eau par des reportages et des vidéos originales. L’interface conçue avec le studio londonien Method propose une immersion radicale dans les sujets, malgré une navigation relativement peu intuitive.

Elu « meilleur concept média » par le Global Editors Network en 2014, le site vient d’inaugurer sa première édition qui explorera, trois mois durant, la question des droits de la communauté LGBT en Russie. A travers cinq grilles de contextualisation (l’influence de l’Eglise orthodoxe, la propagande gouvernementale…), l’équipe de Coda Story propose une couverture riche et innovante d’un sujet pointu. Onze histoires sont aujourd’hui en ligne, la grille s’étoffant progressivement avec de nouveaux contenus. Une approche volontairement flexible, aux antipodes du « remplissage » en vigueur dans la presse traditionnelle.

Le credo expert de Coda satisfera donc une audience d’aficionados en quête de contenus pointus (les « die-hard fans »). La nature pédagogique du concept s’adresse aussi aux néophytes curieux, malgré une navigation qu’on jugera relativement déconcertante. Des formats plus synthétiques, à la façon de Syria Deeply, seraient bienvenus pour compléter les grands récits déjà en ligne.

Reste un défi majeur : assurer la viabilité du projet à long-terme. Comment bâtir une expertise journalistique et une audience solide avec des thématiques de niche… surtout quand elles changent du jour au lendemain ? Grand reportage oblige, les lourds financements de Coda sont aujourd’hui assurés par des initiatives de crowdfunding et de mécénat. A terme, les fondateurs évoquent notamment la possibilité d’ouvrir la plateforme à des contenus tiers… Affaire à suivre.

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